À retenir
- La Constitution de 1958 a inversé l'ordre institutionnel de la IVe République en plaçant le président avant le Parlement
- Le bloc de constitutionnalité regroupe la Constitution de 1958, son Préambule, la Déclaration de 1789, le Préambule de 1946 et la Charte de l'environnement de 2004
- Le Conseil constitutionnel contrôle les lois a posteriori grâce à la question prioritaire de constitutionnalité prévue par l'article 61-1
- La révision constitutionnelle suit une procédure distincte de celle d'une loi ordinaire
- Les rapports entre Président, Gouvernement et Parlement restent structurés par les principes posés en 1958
Le droit constitutionnel de la Ve République désigne l'ensemble des règles qui organisent les pouvoirs publics français depuis l'entrée en vigueur de la Constitution de 1958. Il repose sur un texte fondateur né de la crise de la IVe République, des principes de séparation des pouvoirs propres à ce régime, et un bloc de constitutionnalité que le Conseil constitutionnel a progressivement étoffé.
Qu'est-ce que le droit constitutionnel de la Ve République ?
Le droit constitutionnel est la branche du droit public qui fixe les règles d'organisation et de fonctionnement de l'État : désignation des gouvernants, répartition des compétences entre les pouvoirs exécutif, législatif et juridictionnel, et garanties offertes aux citoyens. Sous la Ve République, ce droit se lit d'abord dans la Constitution du 4 octobre 1958, mais il ne s'y réduit pas : il inclut les lois organiques, la jurisprudence du Conseil constitutionnel et les pratiques institutionnelles qui se sont construites depuis plus de soixante ans.
Ce qui distingue la Ve République des régimes précédents tient à l'équilibre recherché entre autorité et contrôle. Selon le Conseil constitutionnel lui-même, la Constitution de 1958 a réussi là où les précédentes avaient échoué « en alliant de manière harmonieuse, l'autorité et l'efficacité au gré de l'alternance et de l'État de droit ». Cette formule résume l'ambition du texte : donner à l'exécutif les moyens de gouverner, tout en soumettant l'ensemble des pouvoirs à un contrôle juridictionnel qui n'existait pas auparavant.
Pour situer ce droit dans l'ensemble des branches du droit public, il est utile de consulter la page consacrée au droit public, ses branches et ses exemples concrets, qui distingue droit constitutionnel, droit administratif et droit des collectivités.
L'histoire de la Constitution de 1958 : d'une crise politique à un texte durable
Le contexte : l'échec de la IVe République
La Constitution de 1958 n'est pas née d'un projet théorique isolé. Elle a été adoptée, selon le Conseil constitutionnel, « comme mode de gestion exceptionnelle de la crise de la décolonisation en Algérie, à la suite du délitement des institutions de la IVe République ». Le régime précédent souffrait d'une instabilité ministérielle chronique et d'un Parlement tout-puissant, incapable de dégager des majorités durables.
Le cadre juridique de la transition est fixé par la loi constitutionnelle du 3 juin 1958, qui modifie la clause de révision de la Constitution de 1946 et habilite le gouvernement à élaborer un nouveau texte, sous réserve du respect de plusieurs conditions que le Conseil constitutionnel appelle les « cinq bases ». Cette méthode rompt avec la tradition républicaine de l'assemblée constituante élue : le texte est préparé par l'exécutif, puis soumis à référendum.
Une Constitution qui inverse l'ordre institutionnel
Le changement le plus visible touche l'architecture même du texte. Sous la IVe République, la Constitution consacrait d'abord la souveraineté, puis le Parlement (titre second), reléguant le président de la République au titre V, après le Conseil économique ; le Gouvernement, lui, n'apparaissait que sous la mention générique du « conseil des ministres ». La Constitution de 1958 renverse cette logique : le titre II est consacré au président de la République, le titre III au Gouvernement, le Parlement n'arrivant qu'ensuite. Le Conseil constitutionnel qualifie l'ensemble de Constitution « copernicienne » : les missions du président de la République et du Gouvernement sont désormais énoncées directement aux articles 5 et 20 de la Constitution, alors que celle du Parlement a dû attendre la révision de 2008, qui a modifié l'article 24, pour recevoir une présentation comparable.
Les principes fondateurs de la Ve République
Plusieurs principes structurent encore aujourd'hui le fonctionnement des institutions.
Le régime parlementaire rationalisé reste la matrice du système : le Gouvernement est responsable devant l'Assemblée nationale, mais les mécanismes de mise en jeu de cette responsabilité sont strictement encadrés. La motion de censure, prévue à l'article 49, doit être signée par au moins un dixième des députés, et seuls les votes favorables à la censure sont comptés lors du scrutin qui intervient 48 heures après son dépôt. Ce mécanisme est détaillé sur la page consacrée à la motion de censure, sa majorité et ses conséquences.
Le second principe tient à la place acquise par le président de la République, dont l'élection au suffrage universel direct a progressivement transformé la pratique du régime, sans que le texte constitutionnel ne cesse pour autant d'organiser une responsabilité gouvernementale devant le Parlement. Le Conseil constitutionnel résume cette évolution en évoquant une Constitution « transfigurée », passée d'un texte de rupture avec la souveraineté parlementaire d'antan à un cadre dans lequel le président de la République est devenu un authentique chef de l'État. Selon l'institution, cette Constitution a été à ce point intériorisée par les citoyens, à preuve l'émergence du président Macron, qu'elle serait devenue, selon la formule anticipatrice du général de Gaulle, une « seconde nature ».
Le troisième principe est celui de la séparation des pouvoirs, réaffirmée par l'existence d'un pouvoir juridictionnel autonome, incarné en matière constitutionnelle par le Conseil constitutionnel, et d'un ordre administratif distinct, décrit sur la page consacrée au rôle du Conseil d'État.
| Pouvoir | Article clé de la Constitution | Mission principale selon le texte |
|---|---|---|
| Président de la République | Article 5 | Fonction définie en termes de mission propre, placée au titre II |
| Gouvernement | Article 20 | Fonction définie en termes de mission propre, placée au titre III |
| Parlement | Article 24 (depuis la révision de 2008) | Rôle précisé plus tardivement que ceux du président et du Gouvernement |
Les sources du droit constitutionnel français et le bloc de constitutionnalité
Le droit constitutionnel ne se limite pas au corps de la Constitution de 1958. Lorsqu'un justiciable conteste une loi devant le Conseil constitutionnel, notamment par la voie de la question prioritaire de constitutionnalité, les droits et libertés invoqués peuvent provenir de plusieurs textes réunis sous l'appellation de bloc de constitutionnalité.
Selon service-public.gouv.fr, « les droits et libertés sont issus de la Constitution de 1958 et des textes auxquels renvoie le Préambule de la Constitution ». Ce préambule renvoie à son tour à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 (droit de propriété, égalité devant la loi, liberté d'expression), au Préambule de la Constitution de 1946 (droit de grève, liberté syndicale, liberté d'association) et à la Charte de l'environnement de 2004 (droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé).
| Texte | Ce qu'il garantit |
|---|---|
| Constitution de 1958 | Organisation des pouvoirs publics, répartition des compétences |
| Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 | Droit de propriété, égalité devant la loi, liberté d'expression |
| Préambule de la Constitution de 1946 | Droit de grève, liberté syndicale, liberté d'association |
| Charte de l'environnement de 2004 | Droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé |
Un point mérite d'être signalé : un texte de droit international, même largement appliqué par les juridictions françaises, ne peut pas être invoqué dans le cadre d'une question prioritaire de constitutionnalité. Service-public.gouv.fr le précise expressément à propos de la Convention européenne des droits de l'homme. Cette distinction rappelle que le bloc de constitutionnalité est un ensemble fermé, propre à l'ordre juridique interne, à ne pas confondre avec la hiérarchie des normes qui organise les rapports entre toutes les sources du droit français, y compris internationales.
À ces sources s'ajoutent les lois organiques, prévues par la Constitution elle-même pour préciser le fonctionnement de certaines institutions, ainsi que la jurisprudence constitutionnelle, qui interprète et fait vivre ces textes au fil des saisines.
La répartition des compétences entre la loi et le règlement
Un aspect souvent mal connu du droit constitutionnel de la Ve République concerne la frontière entre ce qui relève de la loi et ce qui relève du pouvoir réglementaire. L'article 34 de la Constitution énumère les matières réservées à la loi, tandis que l'article 37 dispose que tout le reste appartient au domaine réglementaire, c'est-à-dire aux décrets pris par le Gouvernement. Cette répartition, propre à la Ve République, constitue une rupture avec les régimes antérieurs, où le Parlement pouvait légiférer sans limite de matière.
L'article 38 permet en outre au Gouvernement de demander au Parlement l'autorisation de prendre par ordonnances des mesures qui relèvent normalement du domaine de la loi. Ces ordonnances deviennent caduques si le projet de loi de ratification n'est pas déposé dans les délais fixés par la loi d'habilitation, et doivent faire l'objet d'une ratification expresse pour acquérir valeur législative. Le processus d'adoption d'une loi ordinaire, lui, suppose que le texte soit examiné successivement par les deux chambres « en vue de l'adoption d'un texte identique », selon les termes de l'article 45 : c'est ce que l'on appelle la navette parlementaire. Le détail de cette procédure figure sur la page comment est votée une loi en France.
La procédure de révision constitutionnelle
La Constitution de 1958 n'est pas figée : elle a été modifiée à plusieurs reprises depuis son adoption, notamment par la révision de 2008 qui a touché l'article 24 relatif au Parlement. Cette capacité d'évolution est encadrée par une procédure de révision distincte de celle qui s'applique à une loi ordinaire, car elle met en jeu ce que la doctrine appelle le pouvoir constituant dérivé, c'est-à-dire la faculté, pour les autorités en place, de modifier le texte fondateur lui-même.
Concrètement, un projet ou une proposition de révision doit d'abord être discuté et adopté dans les mêmes termes par les deux chambres du Parlement, selon une logique d'accord identique proche de celle qui gouverne l'adoption des lois ordinaires. Cette exigence d'un texte commun entre l'Assemblée nationale et le Sénat distingue la révision constitutionnelle d'une simple loi, pour laquelle l'Assemblée nationale dispose en dernier ressort de moyens de trancher un désaccord persistant avec le Sénat. La révision ne peut, elle, aboutir sans cet accord entre les deux chambres, ce qui explique pourquoi les projets de révision font l'objet de négociations particulièrement longues.
Un exemple concret : la révision de 2008 et le rôle du Parlement
Avant 2008, l'article 24 de la Constitution ne définissait pas la mission du Parlement avec la même précision que les articles 5 et 20 le faisaient pour le président et le Gouvernement. La révision constitutionnelle intervenue cette année-là a permis de combler cet écart de rédaction, près de cinquante ans après l'entrée en vigueur du texte initial. Cet exemple illustre la fonction même de la révision : adapter un texte conçu en 1958 à des équilibres institutionnels qui ont évolué depuis.
Le contrôle de constitutionnalité et la question prioritaire de constitutionnalité (QPC)
Le droit constitutionnel de la Ve République ne se limite pas à l'organisation des pouvoirs : il comprend aussi un mécanisme de contrôle qui permet à toute personne engagée dans un procès de contester la loi qui lui est appliquée. Depuis l'instauration de la question prioritaire de constitutionnalité, prévue par l'article 61-1 de la Constitution, un justiciable peut soutenir, lors d'un procès devant une juridiction judiciaire ou administrative, qu'une loi porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution.
La procédure fonctionne par filtrage. Si la QPC est posée devant un tribunal ou une cour d'appel, elle n'est pas transmise directement au Conseil constitutionnel : elle doit d'abord être examinée par la Cour de cassation ou le Conseil d'État, qui décident de la renvoyer ou non. Si elle est posée directement devant l'une de ces deux hautes juridictions, elle est transmise sans cette étape intermédiaire. Lorsque toutes les conditions sont réunies, et notamment lorsque la loi n'a pas déjà été déclarée conforme à la Constitution (sauf changement de circonstances), le Conseil constitutionnel examine la loi contestée et doit rendre sa décision dans un délai de trois mois, rendue publiquement. Si la loi est jugée contraire à la Constitution, l'article 62 précise qu'elle est abrogée à la publication de la décision, ou à une date ultérieure que le Conseil peut fixer ; ces décisions ne sont susceptibles d'aucun recours. Le détail complet de cette procédure figure sur la page consacrée à la QPC, l'article 61-1 et le contrôle a posteriori.
Ce mécanisme complète les attributions plus larges du Conseil constitutionnel, présentées sur la page rôle du Conseil constitutionnel : missions et saisine, et illustre concrètement le propos du Conseil lorsqu'il affirme que la Constitution de 1958 a été régulée par « le nouveau pouvoir juridictionnel » et par le Conseil constitutionnel lui-même, qui incarne l'État de droit à titre essentiel.
Pourquoi ce droit concerne aussi les citoyens, pas seulement les institutions
On réduit parfois le droit constitutionnel à un exercice académique réservé aux étudiants en droit ou aux candidats aux concours administratifs. La QPC démontre l'inverse : n'importe quel justiciable, partie à un litige devant un tribunal administratif ou une juridiction judiciaire, peut invoquer un droit fondamental tiré du bloc de constitutionnalité pour obtenir l'écartement d'une loi qu'il estime contraire à ses droits.
Ce droit irrigue aussi des sujets plus quotidiens. La répartition des compétences entre collectivités territoriales, fixée à l'article 72, repose sur le principe de libre administration par des conseils élus et sur l'absence de toute tutelle d'une collectivité sur une autre : ce principe constitutionnel se retrouve concrètement dans le fonctionnement des communes, départements et régions, présenté sur la page compétences commune, département, région. De même, les règles encadrant la dissolution de l'Assemblée nationale, fixées à l'article 12, déterminent le calendrier dans lequel de nouvelles élections doivent se tenir ; elles sont détaillées sur la page dissolution de l'Assemblée nationale : règles et délais.
Pour une vue d'ensemble des sujets institutionnels traités sur le site, la rubrique Institutions regroupe les analyses consacrées au Parlement, au Gouvernement, au Conseil constitutionnel et aux mécanismes de la Ve République.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le droit constitutionnel ?
C'est la branche du droit public qui organise les pouvoirs publics, fixe les règles de désignation des gouvernants et la répartition des compétences entre exécutif, législatif et pouvoir juridictionnel. Sous la Ve République, il repose sur la Constitution de 1958 et sur le bloc de constitutionnalité.
Pourquoi parle-t-on de la Ve République ?
Parce que la Constitution de 1958 a instauré un nouveau régime, succédant à la IVe République dont les institutions s'étaient délitées. Le texte a été élaboré par le Gouvernement sur habilitation de la loi constitutionnelle du 3 juin 1958, puis adopté par référendum, à rebours de la tradition de l'assemblée constituante élue.
Quelles sont les sources du droit constitutionnel français ?
La Constitution de 1958 elle-même, son Préambule qui renvoie à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, au Préambule de la Constitution de 1946 et à la Charte de l'environnement de 2004, ainsi que les lois organiques et la jurisprudence du Conseil constitutionnel.
Qu'est-ce que le bloc de constitutionnalité ?
C'est l'ensemble des textes auxquels le Conseil constitutionnel se réfère pour contrôler la conformité des lois : la Constitution de 1958, son Préambule et les textes qu'il mentionne (DDHC de 1789, Préambule de 1946, Charte de l'environnement de 2004). Un texte de droit international, même largement appliqué, ne peut pas être invoqué dans ce cadre à l'occasion d'une QPC.
Comment réviser la Constitution de 1958 ?
Un projet ou une proposition de révision doit être adopté dans les mêmes termes par l'Assemblée nationale et le Sénat, selon une logique d'accord identique entre les deux chambres, avant toute validation définitive. Cette procédure a déjà permis de modifier le texte, par exemple en 2008 pour l'article 24 relatif au Parlement.
Qu'est-ce qu'une question prioritaire de constitutionnalité ?
C'est le moyen, pour une partie à un procès, de contester devant le juge la conformité à la Constitution de la loi qui lui est appliquée. Après un filtrage par le Conseil d'État ou la Cour de cassation, la question peut être transmise au Conseil constitutionnel, qui statue dans un délai de trois mois.
Le droit constitutionnel de la Ve République n'est pas un simple catalogue d'articles à mémoriser pour un concours. Il structure, concrètement, la façon dont une loi est votée, dont un gouvernement est censuré, dont une révision aboutit, ou dont un justiciable peut faire écarter une loi qu'il juge contraire à ses droits. Comprendre ses principes et ses sources permet de lire autrement l'actualité institutionnelle, bien au-delà des commentaires de circonstance.
Sources
- Le sens unique de la Constitution de la Ve République - Conseil constitutionnel
- Qu'est-ce qu'une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) ? - Service Public
- Bureau du droit constitutionnel et du droit public général - Annuaire Service Public
- Recours gracieux et hiérarchique - Service Public
- Recours devant le tribunal administratif - Service Public
- Accès aux documents administratifs - Service Public
- Catégories A, B, C de la fonction publique - Service Public

L'autrice
Hortense Castagnède, rédactrice en chef. Passionnée d'institutions et de vie publique, elle explique le droit public sans jargon. Chaque règle est vérifiée sur le texte officiel.




